OTN2019- Rencontre avec Lisa Aguilar

Lisa Aguilar, chef de la troupe Te Mana O Te Ra est une habituée des événements culturels sur Tahiti tels que le Farereira’a ou le Heiva. Elle est revenue cette année avec 6 danseuses passionnées pour participer à la compétition Ori Tahiti Nui. Le groupe remporte le 2ème prix dans la catégorie « Mehura Ecole ». Au-delà de cette participation, Lisa a toujours rendu hommage à notre culture en allant puiser la source de leur spectacle dans nos légendes. Ce fut donc une joie et un plaisir pour nous d’avoir pu partager un moment avec Lisa durant leur séjour pour qu’elle nous conte le thème choisi pour leur Mehura : la légende de Ruahatu et le déluge de Raiatea.

Un grand Mauru’uru aux danseuses et à Lisa de nous avoir accorder un peu de votre temps et partager une partie de votre représentation.

Si vous souhaitez mieux connaitre la troupe Te Mana O Te Ra et leur contribution à la promotion de notre culture, je vous invite à retrouver l’interview de Lisa Aguilar dans le guide du Farereira’a ici et à les suivre sur instagram : temanaotera

Découvrez l’histoire de Ruahatu, le dieu polynésien de l’océan, qui mécontent d’avoir été dérangé pendant sa sieste, se vengea en submergeant l’île de Raiatea. 

Le réveil de Ruahatu

Il y a bien longtemps après la création du monde, vivaient à Opoa dans l‘île de Raiatea, deux amis d’enfance Teahoroa et Ro’o. Un jour ils s’en allèrent pêcher du coté du récif et arrivèrent à coté d’un petit îlot situé près de la grande passe de Ava Rua, le motu To’a marama (Rocher de la lune), où ils trouvèrent beaucoup de poissons.

Sans s’en rendre compte, ils étaient juste au-dessus de la grotte de corail où habitaitRuahatu Tini Rau, le dieu de l’océan. Ro’o et Teahoroa jetèrent leurs lignes, des hameçons attachés à des pierres, mais l’une d’entre elles tomba sur la tête de Ruahatu. Celui-ci se réveilla en sursaut et, en passant sa main dans ses cheveux, il saisit brusquement la pierre et l’hameçon. Ro’o et Teahoroa voyant les secousses violentes de la ligne crurent que c’était un poisson qui se débattait. Ils remontèrent la ligne et tout à coup, ils aperçurent des cheveux longs et épais qui étaient pris dans l’hameçon. Ils prirent peur et s’écrièrent « Malheur à nous c’est un homme et pas un poisson ! C’est un monstre des profondeurs. Nous sommes perdus ! »

La vengeance de Ruahatu

Ruahatu se hissa dans la pirogue et regarda les deux hommes d’un air mauvais, puis leur demanda « Qui êtes-vous tous deux ? »
Teahoroa répondit : « Nous sommes Ro’o et Teahoroa ! Nous sommes fautifs d’être venus sur ce lieu sacré pour y pêcher, mais pardonne-nous ! Nous ne reviendrons plus ! ». Alors Ruahatu demanda « Avez-vous des parents dans le pays ? »
« Oui nous avons des parents à Opoa et c’est pour cette raison que nous sommes venus ici, à To’a marama, pour pêcher. »
« Avez-vous des femmes dans le pays ? »
« Oui, nous avons des femmes dans le pays. »
« Avez-vous une famille royale ? »
« Oui, nous avons une famille royale. »
« La princesse Airaro qui est chérie des dieux de l’océan est-elle là ? >
« Oui, elle est là ».
« Avez-vous des enfants dans le pays ? »
« Oui, nous avons des enfants et des petits-enfants. »

Raiatea sera submergée par la mer dès ce soir

« Je suis fâché après vous parce que vous m’avez dérangé, vous m’avez fait du mal » dit Ruahatu qui leur annonça alors sa terrible vengeance : « Raiatea sera détruite toute entière. Elle sera submergée par la montée de la mer. Je ne couperai pas seulement les extrémités des branches, je déracinerai tout. Cette nuit je submergerai le mont Te Mehani. C’est moi Ruahatu, Dieu du puissant Océan ! ». Mais Ruahatu, qui était amoureux de la princesse Airaro, précisa toutefois « Tous ceux qui viendront se réfugier sur le motu To’a marama seront sauvés. Ne vous attardez pas ! »

Ro’o et Teahoroa reprirent le chemin d’Opoa et un sentiment d’angoisse les envahit tandis qu’ils allaient prévenir leurs familles, leurs femmes, leurs enfants et leurs petits-enfants ainsi que la famille royale. Comme ils s’approchaient du rivage, les gens s’aperçurent que leurs cheveux se dressaient sur leur tête, tellement ils avaient peur. Ils déclarèrent à la foule sur la plage « Venez, rendez vous tous immédiatement sur le motu To’a marama pour vous y réfugier. Le dieu Ruahatu nous a chargé de vous dire que personne ne doit rester sur l’île cette nuit. Par notre faute nous avons provoqué sa colère et bientôt le mont Te Mehani sera sous la mer. Personne ici ne sera épargné. Seuls les humains, poulets, chiens, cochons et rats qui se rendront sur le motu To’a marama seront sauvés. »

L’arche To’a manava

Les deux hommes retournèrent rapidement chez eux et firent embarquer dans leurs pirogues tous les membres de leur famille qui voulurent bien donner foi à cette incroyable nouvelle. Ils emmenèrent également un couple de chaque animal qui vivait sur l’île : cochon, chien, coq et rat… De leur coté, le roi Tane Upoto et sa fille Airaro réunirent rapidement tous les membres de la famille royale. Ainsi tous ceux qui avaient cru au message de Ruahatu, le dieu du puissant océan, embarquèrent dans leurs pirogues et, sous le commandement de la princesse Airaro, ils partirent se réfugier sur le motu To’a marama. Mais d’autres habitants ne voulaient pas y croire et en riaient. Certains s’en moquaient, d’autres faisaient la sourde oreille. Ils étaient comme les oreilles des figures de proue, de sorte que les paroles de Ro’o et de Teahoroa ne pouvaient entrer dans leurs oreilles. Tous les oiseaux, araignées et insectes, ombres des dieux furent emportés dans le ciel par leurs dieux respectifs.

Le déluge

Au bout de quelque temps la population entendit le murmure de la mer, le craquement des branches brisées par les vagues et le bruissement du corail, ainsi que le grondement de la mer qui recouvrait petit à petit le récif. Leur lieu de refuge, le motu To’a marama, était semblable à un bateau, une arche, au milieu de l’océan. Il resta sec grâce à la présence de la princesse Airaro, chérie du dieu de la mer. Au fur et à mesure que la nuit s’avançait, la mer grondait et s’élevait au-dessus de la terre. Lorsque la lune se leva, ils constatèrent, que le mont Te Mehani était complètement submergé, on ne voyait plus qu’un océan lisse. Mais le petit motu sur lequel ils se trouvaient ne fut pas atteint par la mer. II resta exactement comme il était.

Tout a été balayé par la mer

Tous tombèrent alors dans un profond sommeil qui dura jusqu’au jour. Le matin, à leur réveil, ils aperçurent la mer qui retournait à l’océan. Dans la matinée, la marée fut basse et le récif sortait de l’eau. La mer était si calme qu’on n’aurait jamais cru qu’elle avait été si furieuse quelques heures plus tôt. Les gens regardèrent vers la terre et virent que toutes les branches étaient brisées et que de nombreux arbres étaient déracinés. En s’approchant en pirogues, ils aperçurent des rochers couverts de vase, des branches de corail et des poissons morts, ainsi que des coquillages de toutes sortes sur la plage. Il n’y avait personne à l’intérieur de l’île, ils avaient tous été balayés par la mer. Il n’y avait plus de maisons, les temples s’étaient écroulés, plus d’oiseaux qui volaient, pas de cochons creusant la terre, pas de coqs chantant, pas de chiens courant à droite et à gauche et pas de fruits sur les arbres. Tout était désolé, tout était nettoyé. Les pentes des collines et les terrains élevés étaient couverts de choses mortes, de coquillages, de branches, de corail et de rochers. Les rescapés rentrèrent dans leur pays à Opoa et se trouvèrent sans nourriture. Ils durent manger de la glaise rouge et du poisson, ce qui leur sauva la vie.

Le renouveau

En une nuit les arbres se remirent à bourgeonner et au bout d’un mois le pays retrouva son manteau de verdure. Alors toutes les nourritures vinrent en leur saison. Ainsi furent épargnées la famille royale et la population qui était issue de la période des ténèbres, ainsi que les animaux du pays. Le pays fut repeuplé par eux. Les oiseaux, les araignées et insectes furent envoyés des cieux à leurs emplacements respectifs, et, au bout de peu de temps, le pays était dans l’état où il se trouvait avant d’être submergé.

Manahau « Nohovao » – avec Jean-Marie BIRET

C’est une histoire qu’on a inventé avec Vaihere Cadousteau Pohue, nous avons voulu dire parce qu’on a vécu des expériences chacun de notre côté, dans notre vie, des expériences heureuses et des fois des expériences douloureuses, tristes, des déceptions par rapport à certaines personnes dans la vie.

Notre message pour ce spectacle c’est d’être vigilant. Que si il y a des gens qui s’autorisent à dépasser leur pouvoir, à dépasser leur droit c’est aussi parce ce qu’on les laisse faire. Alors on encourage les gens à se lever, à dire stop non pousses toi, mets toi de côté (rires…)

Nohovao

Les Vao c’était des gens qui vivaient dans les vallées, au fond, cachés dans les vallées de Papara et leur roi habitant sur la côte Manatahi, veut accueillir son frère Manarua qui a une idée derrière la tête. Ils descendent avec de la nourriture parce que ce sont des agriculteurs, ils vont préparer le ma’a et puis les Arioi vont venir faire la fête avec eux aussi. Après avoir trop danser, trop manger, trop bu. Ils vont nuhi, ils vont s’endormir sauf le frère du roi qui veille à ce qu’il n’y ait plus personnes d’éveillés pour aller voler la pierre angulaire du marae et le marae, nous l’avons appelé le marae de l’équilibre. Les Hiva, ce sont des gens de Papara choisis par le roi Tetuna’e pour veiller à l’ordre et à l’équilibre. Ils allaient jusqu’à avoir le droit de destituer un roi, genre GIGN, ils se réunissaient en secret et ils agissaient en secret. Ils les choisissaient parce qu’ils étaient très beaux quand ils étaient petits et ils leur donner une éducation, une instruction, l’entrainement de gladiateur presque, de guerrier. A l’âge adulte, on disait qu’ils avaient une force surhumaine, ils avaient des jeux, des exercices qui étaient propres à leur groupe et on dit aussi qu’ils savaient tout. On les a appelés, dans les gardes de la reine Marau, la garde blanche : les gardiens du savoir. Ah c’était des gens attention, donc ils seront sur scène en tout cas nous on leur fait un petit clin d’œil parce que je trouve qu’ils sont des témoins de valeurs nobles.  Ils le poursuivent en secret dans la nuit, et bin ça c’est Jean-Marie qui pense que normalement dans la vie il y a une justice, bin ce gars-là il a glissé tout seul et il en est mort. On n’a pas eu besoin de le tuer. C’est naïf. Ça devrait être juste la vie toujours. On n’est pas dans le monde des bisounours non plus et donc après s’en suit une fête encore. Il faut toujours faire la fête à Tahiti pour marquer les moments de la vie où le roi demande pardon à sa population parce qu’il n’a pas été assez vigilant. C’est avec des groupes de l’histoire de Papara les vau. A Rurutu on les appelles les Tataevao, les sauvages, j’aime beaucoup de mot là. C’est quelque chose d’authentique proche de la terre, proche de la nature et ça je trouve important, de savoir lire le ciel, écouter le vent pour décider qu’est ce qu’on devenir, qu’est ce qu’on va faire aujourd’hui.

Les gestes sont toujours dictés par le texte. On dit de nous qu’on est créatif, évidemment, on ne joue jamais la même histoire donc on se base sur ce qui est écrit et on interprète avec le corps des gens, avec leur regard et parfois il nous arrive de créer de nouvelles combinaisons de pas pour raconter l’histoire. Nos danses sont des histoires racontées avec le corps.

Les hôteliers nous demandent quelque chose de festif, de joyeux, d’esthétique qui parle de la Polynésie, qui peut évidemment servir leur travail de promotion touristique et on adapte nos spectacles du Heiva qui sont plus culture pour qu’ils soient plus open, moderne. Un show c’est fun, c’est des flashs et puis les gens sont en train de manger. La consigne que je donne à mes danseurs : « je vous préviens si jamais je vois encore des gens manger, ça va chauffer » (rires…)

On n’est pas dans un concours, on n’est pas là pour prouver des choses à des gens mais par contre à nous même : est-ce qu’on est capable de parler de Tahiti. C’est pareil quand on va à l’étranger, est-ce qu’on est capable d’être des ambassadeurs de Tahiti, c’est sans prétention, il faut faire son travail et si le public est ravi c’est gagné.

Heiva Taure’a 2019 – Hao -Rencontre avec Te’ura Camélia Marakai

Pour cette 2ème édition du Heiva Taure’a, je remercie Teura Marakai de m’avoir sollicité et permis d’immortaliser le passage de ses protégés sur la scène de To’ata. Certes, les élèves n’ont reçu aucun prix malgré leur prestation mais j’ai été surpris par leur performance et l’intensité qu’ils y mettaient à faire découvrir au public leur histoire.

Je vais partager avec vous les informations que j’ai pu recueillir. Ils s’appellent les Tamariki Mokorea et ils étaient 30 élèves du collège de Hao (classe de 6ème Heiva, 4ème Onikau/Topitere LV2 Tahitien, 5ème, 3ème) à venir sur Tahiti fouler la scène To’ata avec 6 accompagnateurs.
Les objectifs qui ont poussé à la réalisation d’un tel projet sont multiples :
– mobiliser les élèves et les fédérer dans un projet culturel motivant
– réduire le taux d’absentéisme
– revaloriser leur image au travers de situation de réussite
– renforcer les attendus du socle commun
– et enfin prendre goût aux légendes et à l’écriture d’un thème.

Comme les groupes de danse professionnels qui se présentent au Heiva, ils doivent rendre un dossier pour valider leur participation. Aussi on y découvre qu’ils ont du désigner leur ra’atira pour le ‘orero, leur chef de groupe, leur chef d’orchestre, désigner un groupe d’élève pour écrire le thème, les chants, composer les chants, désigner les danseurs qui se présentent au concours individuel de meilleur/meilleure danseur(se). L’écriture du thème s’est déroulé de octobre 2018 à décembre 2018 pour sortir le texte en français et en tahitien. Le fruit de cette écriture sera l’histoire des « Mokorea, entre terre et mer ». En tahitien « Mokorea, i rotopu te fenua e te moana ». A partir de mi-janvier, le spectacle fut monté et répété pour être prêt pour le mois de mars 2019.

Le spectacle est construit de manière minutée et en plusieurs parties comme pour les grands avec une succession de danses : ‘aparima, ‘otea, haka, pa’o’a/hivinau entrecoupée par le ‘orero qui conte l’histoire de Mokorea.

Autrefois vivait à Hawaiki-Nui, berceau de l’archipel des Tuamotu, un roi qui était d’une grande bonté, son nom était Tuteraginui, Il était aimé de son peuple car il était bon et courageux. C’était un roi qui respirait la paix. Il était très beau et viril. Ils vivaient des bienfaits de la terre comme la noix de coco qu’ils décortiquaient chaque jour, de laquelle ils obtenaient de l’huile pour cuire leur nourriture, pour les éclairer et ils en couvraient également leur peau pour la parfumer et la rendre plus soyeuse. Au moment opportun, ils partaient à la chasse aux oiseaux qu’ils affectionnaient comme met, tels le ‘otaha et le tavake. Mais ils n’étaient pas très doués pour attraper du poisson. A Hawaiki-Nui vivait également un peuple assez différent, c’était les Mokorea. Eux habitaient dans les profondeurs de l’océan, dans le monde du po et c’est pour cela qu’on les appelait le peuple du po. Tandis que le peuple sur terre était le peuple du ao. Tepairu était la reine des Mokorea. Elle était d’une grande beauté. Leurs corps étaient différents: une peau glissante, des cheveux longs et dorés comme le soleil, de longs ongles aiguisés. C’était un peuple qui était doué pour la pêche, grâce à leurs ongles, ils attrapaient facilement du poisson qu’ils mangeaient cru. Ils n’avaient pas apprivoisé le feu.

 

La nuit, ils allaient épier le peuple du ao. Mais restaient cachés, afin que personne ne les voit. Ils grimpaient et sortaient par le trou Vaikearoa, foulaient de leurs pieds le récif et se faufilaient jusqu’à terre. Il n’y avait pas de cocos dans le monde du po, aussi allaient-ils les voler au-dessus. Le peuple du ao s’étonnait çà chaque matin de la disparition des cocos. Tuteraginui décida alors qu’en fin de journée, son peuple s’occuperait de décortiquer la noix de coco pendant qu’il surveillerait le voleur. Le début de la soirée arriva, alors qu’ils chantaient gaiement pendant qu’ils s’affairaient à décortiquer le coco, Tuteraginui aperçut de drôles de créatures, avec une peau de poisson. Il fit semblant de ne pas les voir jusqu’au moment où il vit Tepairu. Alors son cœur fut transpercé par l’amour. Il s’approcha d’elle. Les Mokorea prirent peur et s’enfoncèrent dans le trou. Quant à Tepairu, elle fut paralysée, son cœur battait au rythme de l’amour. Tuteraginui la saisit, Tepairu tenta de s’échapper, sans succès. Il immobilisa sa tête entre ses mains tout en l’apaisant. Ils se regardèrent, yeux dans les yeux, et Tepairu suivit Tuteraginui. En effet, leur cœurs furent transpercés par l’amour, l’Amour naquit. Elle resta auprès de lui et malgré son apparence de mokorea, le peuple du ao l’accepta et c’est ainsi que Tepairu devint l’épouse de Tuteraginui. Et c’est ainsi qu’elle devint reine du peuple du ao.

 

Dans le monde des Mokorea, les habitants furent inquiets et devinrent enragés à l’idée que leur reine soit maltraitée. Leur grand guerrier décida alors de partir en guerre, affronter le peuple du ao afin de délivrer Tepairu. Ils aiguisèrent leurs armes, leurs onglets, ainsi que leurs queues de raie. Comme le veut le rituel de guerre, le peuple du ao fut informé par le messager du peuple du po qu’une  bataille terrible était sur le point de s’éclater. Les Mokorea se hissèrent alors dans le monde du ao et crièrent un chant de guerre, le haka, afin d’effrayer le peuple du ao. Ils ordonnèrent de leur rendre leur reine, dans le cas contraire, ils dévoreraient, ils réduiraient leur peau en lambeaux, leur sang coulerait jusqu’à la dernière goutte et la mort les prendrait. Mais Tuteraginui ne céda point car il ne voulait pas se séparer de Tepairu. Alors, une bataille terrible éclata entre les deux peuples. La terre trembla, l’océan trembla. Certains furent blessés, le sang dégoulina encore et encore, d’autres furent transpercés. A tae ho’i e ! quel grand malheur ! il n’y avait pour son que pleurs, douleurs et cris enragés provenant des deux peuples.

 

Tepairu surgit alors en s’exclamant : « silence ! cessez cette bataille inutile » ! son peuple vit sa reine adorée. Il courut vers elle en éclatant de joie mais tout de suite après, ils se lamentèrent en constatant qu’elle était enceinte car dans le monde des Mokorea, une fois que la mère est sur le point de donner naissance, on lui ouvrait le ventre pour que le nouveau-né puisse en sortir et elle mourait. Tepairu les consola en leur disant qu’elle ne mourrait point et qu’elle vivrait car le peuple du ao détenait la connaissance de sauver les mères lorsqu’elles accouchaient. Alors une joie profonde surgit des entrailles de tout être et c’est ainsi que la paix naquit entre les deux peuples. Les deux peuples allèrent alors s’occuper des préparatifs. Tepairu gémissait, elle était sur le point d’accoucher. Tuteraginui l’allongea et entouré de ses tahu’a spécialistes de la médecine traditionnelle, ils se préparèrent à accueillir ce nouveau-né. Oh, mais quelle joie ! ce furent deux nouveaux-nés, des jumeaux, un garçon et une fille. On leur donna alors les noms de Tufa’ira’i et Poerani. Ils devinrent de enfants d’une grande beauté et d’une grande bonté. Depuis ce jour-là, la Paix et l’Amour s’installèrent entre les deux peuples. Les enfants grandirent : Tufa’ira’i devint un grand pêcheur tandis que Poerani, devint for belle et adorait préparer du mono’i, de l’huile de tiare.

 

Tufa’ira’i et Poerani devinrent le pont entre le peuple du Ao et le peuple du Po. Tufa’ira’i et Poerani devinrent l’arc-en-ciel qui réunit la terre et la mer. C’était donc l’histoire des Mokorea, entre terre et mer

Bravo encore aux Tamariki Mokorea pour cette belle histoire.

 

Jury de ce Heiva Taure’a 2019 :

  • Tiare TROMPETTE, conseillère pédagogique du 1er degré et chef du groupe Hei Tahiti ;
  • Fabien MARA-DINARD, directeur du Conservatoire Artistique de Polynésie française ;
  • Heimoana METUA, chef du groupe Teva i Tai. Teraurii PIRITUA, chef du groupe ‘Ori i Tahiti et directeur de l’école de danse A Ori Mai ;
  • Moana’ura TEHEI’URA, professeur d’anglais au LEP de Fa’a’a, chorégraphe et metteur en scène indépendant ;
  • Elvina NETI PIRIOU, présidente du bac option ‘ori tahiti et professeur d’EPS au Lycée de Taaone ;
  • Guillaume FANET, évaluateur au bac option ‘ori tahiti et professeur d’EPS au Lycée de Taaone ;
  • Tonyo TOOMARU, professeur de tahitien-lettres au collège Tinomana EBB de TEVA i UTA

 

Hura Tapairu 2018 – Manohiva – avec Poerava TAEA

Rencontre avec Poerava TAEA leader du groupe Manohiva au concours du Hura Tapairu 2018

L’association Manohiva a pour projet de participer au Hura tous les 2 ans. Nous essayons de tenir cet engagement auprès de nos danseurs.
La configuration du Hura Tapairu nous plait bien avec une petite formation de 30 personnes à FAIRE évoluer sur un thème et tout cela en l’espace de 30 minutes. C’est un bon exercice à une préparation future pour le Heiva.

La troupe est composée essentiellement d’amis. Nous ne sommes pas actifs tout le temps donc les éléments s’engagent souvent avec d’autres groupes dans des manifestations culturelles.

Les journées ne sont pas assez longues (????)!
Donner le temps à la troupe de s’organiser en fonction de leurs engagements familiaux, professionnels, artistiques et autres.
Prendre le temps pour mémoriser, avoir la maîtrise technique et s’imprégner du thème et du spectacle. S’adapter au temps et à la météo. Finir son programme dans les temps ainsi que les costumes.
Voilà mon plus grand challenge.

Je serai toujours reconnaissante de voir à quel point nous sommes entourés de belles personnes et surtout de passionnées. Je retire beaucoup d’enseignements de ce Hura, comme à chaque fois.
L’anecdote que je retiens est qu’au final au sein du bureau de l’association, nous nous sommes mis à la couture et la confection de costumes. Ce qui n’était pas dans nos tâches, ni nos points forts. Ce fut une belle expérience à reconduire.

LEVES TES YEUX VERS TA MONTAGNE

Le thème porté par la troupe de Manohiva pour le Hura tapairu 2018, en catégorie « Tapairu », est une illustration de la vallée de Nahoata, sise dans la Commune de Pira’e.

Un thème « abstrait », sans début et sans fin, mais qui vient valoriser le « vivre ensemble » de nos ancêtres et les richesses de la vallée de Nahoata, au travers des différents tableaux qui seront présentés lors du passage de la troupe de Manohiva, à savoir :

  • L’étymologie de « Nohoata », aujourd’hui connue sous le nom de « Nahoata »
  • Les anguilles de la vallée, leurs importances dans le flux de l’eau et ressources de la vallée
  • La chasse aux cochons sauvages, une ancienne pratique exécutée par les hommes de la vallée
  • Les pierres « sacrées » (‘ofa’i tere »), empreinte légendaire propre à la vallée de Nahoata.
  • Les festivités de la vallée. A l’époque, les habitants se réunissaient au cœur de la vallée pour célébrer la saison du « Matari’i i ni’a ». Hormis la récolte, plusieurs activités « Heiva » étaient organisées sur plusieurs jours dont la plus connue était la course à flanc de coteaux. Les athlètes étaient alors massés quelques jours avant la compétition, afin qu’ils soient fin prêts le jour même.
  • La grotte « Parau » aux nacres irisées. Empreinte légendaire de la vallée, qui tire son origine d’une carange qui se serait mise en travers de la vallée de Papeno’o, et qui aurait frappé une grosse perle, sur son passage, fracassa une roche de Nahoata, avant de se retrouver au large en mille morceaux, créant ainsi les atolls des Tuamotu et ses perles.

La moralité du thème portée dans le tableau final de la troupe, partie Aparima.

A travers ce thème, la troupe de Manohiva est porteur d’un message, celui de sensibiliser le public sur l’importance de la vallée et de son environnement. Elle vient rappeler l’attachement du peuple à sa terre, et l’intérêt qu’il portait alors envers elle. Ce lien qu’affectionnaient nos ancêtres tend à disparaître de nos jours, en raison de l’évolution et des nouvelles habitudes adoptées dans notre quotidien. Nous avons tendance à regarder devant (vers le littoral), alors qu’il est important de tourner les yeux vers l’arrière (vers la montagne), pour nous rappeler qui nous sommes et d’où nous venons.

La vallée, telle une petite maison à l’intérieur des terres, regorge de ressources et de richesses culturelles. A travers ce thème, elle appelle à retourner vers elle, à tourner les yeux vers la montagne, et à reprendre le chemin qui nous mène vers l’intérieur des terres, vers cette maison, pour nous approprier de notre identité culturelle, qui fait défaut actuellement.

« Lèves tes yeux vers ta montagne », est un appel à l’appropriation de notre identité culturelle et à la préservation de notre patrimoine et de notre environnement.

« N’oublies pas qui tu es et d’où tu viens ».

Huratapairu2018- Rencontre avec Manahau

Interview de Jean-Marie BIRET leader du groupe Manahau au concours du Hura Tapairu 2018

La préparation au Hura Tapairu demande moins de budget et de temps. L’effectif attendu pour ce concours est très abordable. cette organisation nous pousse vers plus de modernité et nous motive aussi. Les éléments qui composent la troupe Manahau sont comme depuis toujours invités au travers des réseaux sociaux à nous rejoindre. L’orchestre est arrivé la semaine dernière puisque nous avons fini par comprendre que la formation avec laquelle nous avions commencé le projet n’était plus des nôtres. J’ai finalement pu trouver des musiciens qui ont bien voulu relever le défi.

Il s’agit d’un conte, une histoire qui se déroule du côté de la côte des Teva. Des Vao, des HIVA, et deux Rois, frères de sang. L’un voulant dérober le pouvoir et le prestige à l’autre.

Mes créations sont souvent le produit de mes réflexions d’après des événements que j’ai pu vivre dans ma vie personnelle ou professionnelle… dans la vie. Nous ne sommes pas dans le monde des bisounours. Notre propre frère, notre meilleur collègue de travail, finit un jour par nous tromper. Trahison insupportable car elle vient des êtres aimés.

C’est un encouragement à la vigilance, et à la bienveillance, devant ces faits qui nous touchent les uns et les autres tous les jours. Nous sommes responsables de ces égarements, nous n’avons pas su voir et empêcher ces choses là. Nous ne sous sommes pas toujours autorisés à dire NON. Il faut avoir confiance en soi, croire en notre intelligence. Certains abusent de leur soit disant pouvoir intellectuel ou institutionnel, ou encore affectif et familial. Nous devons pouvoir les remettre en question et ne pas les laisser abuser de nous et de notre respect, ne pas piétiner notre bienveillance. J’ai fini par penser dans ma vie que la bienveillance est un des plus clairs rayonnements de nos intelligences. Les couards et les manipulateurs sont malins, mais peu intelligents même s‘ils pensent le contraire. Ce sont des faibles. J’aime une phrase que l’on m’ appris dans mon milieu professionnel… E mahana to te uri… Je crois qu’il y a une justice dans la vie. Il faut la nourrir, la solliciter.

Le métier de chef de groupe n’est pas de tout repos. En interne, il gère les moyens humains et matériels. C’est passionnant de construire ensemble : le chef porte sa troupe sur son cœur et au bout de ses bras. Il faut faire coïncider les bonnes énergies. Il cherche en permanence l’éléments qui va compléter le potentiel de la troupe. Nous avons nos limites, et le rôle du chef est d’amener sa troupe à les dépasser. On peut y perdre un peu de souffle, mais on en sort toujours grandi. Le chef est un guerrier, un chef de guerre.

Il a fallu palier à ce souci d’orchestre. Vous pourrez les applaudir, ils n’ont eu qu’une semaine pour se mettre à jour. NOUS TOUS n’avons eu que cette semaine pour harmoniser nos travaux, notre foi en nous mêmes et en notre pays, notre art. Même souci sur le plan des costumes… Même si j’ai dû dépenser une méga énergie pour reconstruire ce qui semblait solide mais finalement du vent, il n’est pas pensable de baisser les bras, quand on sait le travail mené en amont par la maison de la culture, les collègues artistes, le noyau même de la troupe. Même pas mal !

Ce que j’ai à dire sur scène est très important. Je me battrai pour que ce soit entendu !
Je rencontre des personnes merveilleuses, je vis avec une troupe merveilleuse et courageuse. Si avec d’autres personnes ça a été difficile, autant penser que nos chemins ne devaient pas se confondre. Sans rancune ! Chacun sa route, chacun son sac. Chacun de nous doit pouvoir trouver un espace qui lui permettra de s’épanouir. Nous sommes dans un très beau pays, avec des artistes merveilleusement ouverts et créatifs. Heureux de leur art. Il y a de la place pour tout le monde. Utilisons notre souffle pour faire avancer les belles pirogues. Depuis Tetuna’e, ce mouvement à commencé : la recherche de l’excellence pour nous tous au travers des HIVA. Une orientation vers le BON, le BEAU a été initiée pour notre culture. Nous sommes les héritiers de ce beau projet.

Je veux dire merci à tous les artistes que j’ai pu rencontrer sur la scène de MANAHAU, TOUS. Grâce à eux, j’ai pu poser des mots sur des musiques, j’ai pu m’exprimer, avec nos tambours, nos chants et nos danses. Je veux leur dire ma reconnaissance.
Tera mai to aro oha.

Huratapairu2018- Rencontre avec Ia ora te hura

Rencontre avec Reiarii ROCHETTE une des deux leaders qui mène la troupe de Ia Ora Te Hura au concours du Hura Tapairu 2018

Je partage ce projet avec ma cousine, Poerani GERMAIN. Ia Ora te Hura est notre troupe. On a fait l’expérience de responsables de groupe au Hura Tapairu 2017 avec Tamariki Poerani. La logistique, les finances, les chorégraphies, etc. On s’est dit que cette année on pouvait voler de nos propres ailes et c’est ce qu’on fait avec l’aide de nos proches parce qu’au final, ce qui compte, c’est d’être bien entourées. On a hâte de montrer ce qu’on a préparé pendant des semaines. Poe vient d’être maman et elle a su jongler avec succès sa vie de famille, sa vie professionnelle et notre projet. Je crois que je n’aurai jamais voulu être cheffe de troupe si ce n’était pas avec elle.

La formation Hura Tapairu de Ia Ora te Hura 2018 est composée de 19 danseuses, 1 danseur, 6 musiciens et 3 choristes. On a choisi nos danseuses une par une. Pas d’annonces sur les réseaux sociaux, on voulait travailler avec des filles de confiance, des filles que Poe ou moi connaissons et nous ne sommes pas déçues. A noter la présence de Hauhani TAPUTU et de Perle RENVOYE respectivement meilleures danseuses du Heiva 2017 et du Heiva 2018, de Heipua KERVELLA, de Moetia GUINARD, de Pauline SILLINGER … et de très bonnes danseuses avec qui nous avons déjà dansé. Quant aux musiciens, Tamatea, chef d’ochestre de Ori I Tahiti a bien voulu nous suivre dans cette aventure ; Je tiens à préciser qu’il n’est pas évident de trouver des musiciens, encore moins de très bons musiciens. Travailler avec cet orchestre a juste été un plaisir ! Teiva VIARIS (qui a composé tous les aparimas), Taloo ST VAL et Moea LECHAT sont nos choristes cette année et les aparimas sont tout simplement géniaux ! On a fait le choix de travailler avec un ami qui écrit pour la première fois un thème, Yann MAMATUI.

Ia Ora te Hura s’est inspiré du court métrage de Virginie TETOOFA, « E ari’oi vahine » pour ce Hura Tapairu. On raconte l’histoire d’une jeune fille qui est devenue arioi. Elle tombe enceinte et est tourmentée à l’idée de devoir tuer son enfant pour pouvoir rester ari’oi. Elle choisit finalement de garder son enfant en vie et d’être bannie des ari’oi. Il s’agit simplement d’une histoire qui nous plaisait.

On n’a pas voulu se lancer dans quelque chose de très philosophique pour débuter. (rires)

Je crois, encore une fois, qu’heureusement que nous sommes deux à la tête du groupe parce que sinon j’aurai perdu des cheveux (rires). Trouver de l’argent est difficile (parce que oui, on part de rien… Zéro matière première, zéro costume, zéro finance), gérer les états psychologiques de chaque élément quand toi même tu te sens faiblir par la fatigue et les difficultés de la vie est difficile. Le côté artistique c’est que du bonheur ! Et au final, je trouve que l’on s’en sort pas mal. Et je pense que le soir S on aura oublié toutes les difficultés auxquelles il aura fallu faire face.

Oulaaaa… Tout est à retenir. Du choix du nom du groupe à la dernière répétition … Chaque moment est gravé en moi, chaque aparima et otea découvert, chaque chorégraphie créée, chaque réunion tard le soir avec les membres de l’association, chaque message avec nos danseuses, musiciens, choristes… Chaque moment de stress, de rire, … avec Poerani. Je retiens tout.

Merci à Reiarii ROCHETTE qui a bien voulu accorder de son temps pour répondre à l’interview…