Hommage aux chefs de groupe au Heiva I Tahiti

Heimoana Metua

Être chef de groupe n’est pas de tout repos, cela tout le monde le sait. Mais sait-on la masse de travail et de responsabilités qui se reposent sur son épaule ? Nombreux sont ceux qui pensent le savoir mais le vivre au quotidien est une autre affaire. Il faut concilier sa vie de famille avec sa vie professionnelle et sa vie de troupe. Sachant que les journées ne font que 24h, je vous laisse imaginer le rythme infernal au quotidien.

Tel un chef d’orchestre qui doit faire jouer ses musiciens sur la même partition durant des mois et les mener au bout. Il a, dans sa tête, le souci du détail. Il doit veiller, dans le même temps, à ne perdre aucun d’être eux et à limiter les fausses notes durant toute cette aventure qui les mène au Heiva.

Durant des mois, chaque jour, s’entremêlent dans son esprit, des inquiétudes, des listes de tâches interminables. Il se sent bien seul souvent même en étant entouré. Soutenu alors par sa moitié, ses enfants, sa famille, ses proches, encouragé, il se ressaisit et retrouve cette force pour continuer.

Combien de fois j’ai vu et entendu le ras le bol de ces maestro, leur souffrance sans rien pouvoir faire de plus que de leur expliquer que je les comprends et les soutiens. Avec du courage, de la persévérance, de la ténacité, l’amour de notre pays et de notre culture, sans oublier et surtout le soutien de leur proche, ils avancent contre vents et marées car un capitaine ne peut abandonner son navire même en cas de naufrage.

Être chef de groupe, c’est :

La gestion logistique : trouver un lieu de répétition, caler un planning de répétitions pour les danseurs, les choristes, l’orchestre, les orero et gérer les indisponibilités imprévus des lieux et des personnes, trouver les fournisseurs (jusque dans les îles) de more, de matières premières en quantité suffisante pour le costume, s’assurer de la bonne livraison et au bon moment, trouver des végétaux, étudier le règlement du concours, préparer et compléter le dossier à rendre au jury et l’audition, concevoir les décors et les accessoires. La difficulté est de s’assurer que tout rentre dans le planning et que tout soit fait au bon timing. Pour cela une bonne organisation s’impose.

La créativité : choisir son thème, faire les recherches, discuter avec l’auteur et le développer, mettre en scène le texte, composer les aparima et la musique, créer les chorégraphies et la gestuelle, concevoir les costumes, du croquis à la réalisation en passant par le choix de ce qui doit être mis tout en respectant le thème et le règlement. De plus en plus, nous voyons se développer aussi une partie communication au travers des logos et affiches spécialement créés pour l’occasion. C’est la seule partie qui permet au chef de groupe de se défouler, de s’’exprimer, de créer et de faire ce pour quoi il participe au Heiva.

La gestion humaine : gérer les absences, gérer les personnalités de chacun, faire attention à la cohésion du groupe, organiser des sorties, rassurer tous les artistes de la troupe que tout va bien se passer !

La gestion financière : il est difficile de monter au Heiva avec la seule subvention qui d’ailleurs n’arrive qu’à la fin du concours lorsque le spectacle est produit sur scène, des levées de fonds sont nécessaires alors pour remplir la caisse et il faut rechercher et innover ces levées de fonds, voir les bénévoles et les petites mains qui peuvent aider durant toute l’aventure, rencontrer des sponsors éventuels. comme m’avait dit un jour, un chef de groupe, pour monter au Heiva, on gère sa troupe comme une vraie entreprise, l’autre possibilité serait de s’appuyer sur les subventions communales.

Tout cela sera exécuté sous pression permanente. Il faut être partout à la fois et tout gérer sans montrer de signes de faiblesse.

Après cette liste exhaustive de ce que doit accomplir un chef de groupe qui monte au Heiva I Tahiti, je ne peux que leur tirer mon chapeau et leur féliciter quelque soit le groupe et le spectacle rendu sur To’ata.

Quelque que soit le nombre de personnes dont dispose un groupe, ce sont les mêmes difficultés et embuches qui se dressent sur la route qui les mène au Tahua To’ata.

Mais, à la fin de ce parcours de fou, lorsque le maestro a exécuté la note finale de sa partition sur le Tahua To’ata, il se libère, fier de ce qu’il a accompli contre vents et marées au nom de l’amour pour sa culture. A cet instant même, on oublie les douleurs, les heures de souffrances vécus pour y arriver et on profitera de cet instant présent, et on se souviendra des bons moments qu’on aura passer avec ces personnes qui ont cru en toi et t’ont suivirent jusqu’à la fin de l’aventure.

Vous comprendrez facilement après la lecture de cet article que les critiques faciles et non constructifs n’aident personne et va surtout décourager les peu de warriors qui restent dans notre pays qui continuent à œuvrer pour la promotion de notre culture avec des spectacles grandioses.

Après, je le dis même si certains ne vous l’avoueront jamais, on se repose quelques jours et tel des masos, on travaille sur le prochain spectacle. Bonne continuation à tous et Bon Heiva à tous les groupes !

Le Heiva nuit ?

En cette période où l’ensemble des groupes de danse participant au Heiva I Tahiti ont débuté leur répétition, rien n’a changé sur le terrain en ce qui concerne les conditions de nos artistes dans leur préparation. En effet, après avoir réussi à exclure les nuisances sonores des tapages nocturnes, les plaintes pour nuisance sonore continuent… Ce problème ne date pas d’hier pourtant. Je me souviens que je le déplorai déjà il y a 11 ans et ce n’est pas faut de le ramener sur la place tous les ans.

Résumant la situation, nous savons concrètement qu’il y a en moyenne 12 groupes de danse (120 personnes) et 24 groupes de chant (30 personnes) qui participent au Heiva I Tahiti tous les ans. Faisons un rapide calcul, cela fait environ plus de 3120 personnes qui vont répéter durant les 6 mois précédents le Heiva I Tahiti. Ces chiffres résument la situation actuelle. Du bruit en perspective et des négociations en perspective pour les groupes concernant les lieux de répétition disponibles.

Nous connaissons, reconnaissons le travail que les groupes fournissent pour monter sur cette la place To’ata. Tout est original et fabriqué sur mesure en fonction d’un thème, d’une histoire. De A à Z, de la musique aux costumes en passant par la chorégraphie. Au lieu de se consacrer pleinement à la conception du spectacle, nos artistes doivent faire face tous les ans au stress lié à cette histoire de lieu de répétition où ils perdent leur temps et leur énergie à devoir lutter pour. Cela est signe de découragement pour bien nombreux d’entre eux.

Que fait-on alors ? on pourrait se dire que cette question a deux réponses : on accepte qu’il y ait du bruit au nom de la culture ou on refuse qu’il y ait du bruit au nom du respect de la vie de l’autrui. Pourtant ce n’est pas la question que nous devons nous poser. La seule et unique question est de se demander quelle est la meilleure solution pour limiter le bruit. Et la seule réponse est d’avoir des lieux de répétitions fermés.

Ce qui nous amène à une réflexion plus profonde qu’il faudra trancher un jour ou l’autre : Soit nous décidons de limiter le nombre de groupe participant au Heiva I Tahiti en leur donnant de meilleurs conditions pour y réussir. Soit nous laissons la situation continuer à pourrir et en délaissant les groupes pour qu’ils s’organisent entre eux par eux-mêmes, accentuant le sentiment des uns et des autres de ne pas être voulu et de devoir quitter le navire de la culture (une sorte de loi de la jungle au final). Le seul acteur qui en sortira perdant sera notre culture.

Vous me direz que faire de tous ces éléments qui ne pourront pas participer au Heiva I Tahiti sur la scène et qui souhaitent participer à notre culture, il est de notre devoir de leur donner d’autres moyens de contribuer et de participer au développement de notre culture dans lesquels ils pourront redonner à ce pays ce qu’il leur a offert.

 

Welcome 2019 – Soyez à l’écoute de votre prochain

Doucement, d’ici quelques heures, l’année 2019 fera son entrée dans notre vie. Comme tous les ans, nombreux feront le constat que le temps s’est écoulé une nouvelle fois à une vitesse folle et incontrôlable. Chacun regardera ce qui s’est passé dans sa vie durant cette année et prendra de nouvelles résolutions. Un éternel recommencement en soi.

Nous avons perdu l’habitude d’essayer de maîtriser notre temps, de décider de la manière dont nous souhaitons l’utiliser et d’en assumer pleinement les conséquences. Il est tellement plus facile de se laisser guider par les autres et la société qui décident à notre place et nous imposent un rythme.

Que nous soyons croyant ou pas, nos choix et nos actes doivent être guidés par notre foi. Mais attention à ne pas se laisser tromper par ce que nous pensions être issu de notre foi et notre propre intérêt. C’est notre foi qui donne un sens à notre vie. Faisons en sorte que par notre foi, nos actes soient sincères, intègres et correspondent à nos paroles et ne soient pas en décalage.

Pourquoi donc je parle de tout cela ? Ce soir, certains d’entre nous seront en famille, d’autres avec des amis et d’autres se retrouveront seuls dans la solitude. Cet état de fait ne se résume pas uniquement en ce jour du réveillon malheureusement, mais chaque jour que compose une année. Et pourtant il est si simple de rendre ce monde meilleur avec tout l’amour que nous avons à offrir.

Cela commence par l’écoute. Nous sommes dans une société où tout le monde souhaite s’exprimer mais personne n’est là pour écouter l’autre (on n’a pas le temps ou on trouve toujours autre chose de plus important à faire). Avec les nouvelles technologies, l’essor du numérique et les réseaux sociaux, l’égocentrisme s’est propagé comme un fléau dans notre société et isole nos individus les plus fragiles et les plus faibles. Certes, nous savons maintenir une personne en vie plus longtemps et en meilleure santé physiquement mais qu’en est-il de leur besoin mental. Où sont partis se cacher notre empathie et altruisme ? Peut-être avons-nous perdu notre faculté à l’écoute ? Nous nous concentrons principalement sur les images et le spectaculaire (télé, jeu, pub) en occultant volontairement les mots qui deviennent simplement un habillage. Revenons à la base de la relation humaine, l’écoute. Soyons attentifs aux mots de nos proches, de nos prochains. c’est par là que débute l’amour de notre prochain.

De nombreux exemples que nous vivons dans nos vies et dans notre société viennent illustrer un autre fait : l’oubli que la communication est un partage et se fait dans les deux sens et non à sens unique. Il faut que chaque partie puisse s’exprimer pour ne pas laisser s’accumuler les colères et les malentendus. Ainsi pour avoir une bonne communication rejoint l’écoute aussi.

Pour ce soir et les jours à venir de notre vie, soyons plus à l’écoute de nos prochains, partageons et communiquons. Sur ce je vous souhaite à tous un très bon réveillon quelque soit l’endroit où vous vous trouverez et avec qui vous partagerez ce dernier jour, sachez que quelqu’un là-haut veille sur vous.

Peace and Love.

 

Vivre ta vie

Tout au long de l’année, nous sommes pris dans les différents événements qui animent notre vie. Nous choisissons d’accorder du temps à ce que nous affectionnons et qui nous touchent. Ainsi nous ne voyons pas passer le temps qui défile comme un train à grande vitesse. La société dans laquelle nous vivons aiment à fabriquer des rêves et la population exprime sa joie face aux succès et victoires de la collectivité.

Certes, nous vivons dans une société, être fier des victoires collectives est un fait et simule la population. Mais aujourd’hui, je voudrai qu’on s’attarde aux victoires individuelles que nous accomplissons chacun dans notre vie qui passent souvent inaperçus aux yeux de la société car trop banales et non exceptionnelles pour être mis en avant :

  • être à l’écoute de notre prochain
  • avoir le sourire toute la journée (le vrai in ! un sourire intérieur/extérieur)
  • rendre visite à nos proches
  • réussir un contrôle, un examen
  • devenir papa, maman, frère, sœur, grand-mère, grand-père
  • trouver un toit
  • avoir manger au moins un repas dans la journée
  • gagner un concours
  • payer ses factures
  • être en bonne santé
  • trouver un travail
  • maintenir un plante, un potager, un jardin en vie
  • savoir lire
  • prendre une douche
  • avoir des habits…

La liste est longue… A vous de trouver ce qui fait que vous avez de quoi être fier de vous peu importe la victoire, il n’y a pas de petites victoires dans la vie.

Arrêtez de vivre votre vie par procuration (vivre à travers de celle des autres) mais vivez la vôtre avec votre foi et soyez en fier. Ne laissez pas la société de consommation vous dicter votre conduite.

 

Le mercredi après-midi Papeete zone de non droit

Une fois de plus, la violence s’est exprimée au travers d’une rixe en plein centre-ville près d’une parfumerie ce mercredi 05 décembre 2018. Dans le même temps, une personne se fait courser par quelques dizaines de jeunes dans une autre rue de la ville. Au cœur de ces violences, des jeunes. Cela n’est pas un fait nouveau et pourtant malgré les « mesures prises » dont je souhaite qu’on me les cite, la violence perdure. Il n’est plus possible de mettre un pied au centre-ville le mercredi après-midi sans voir des scènes de violences : agression, provocation, nuisance sonore.

N’existe-t-il aucune solution à cela ? je n’y crois pas. La responsabilité est partagée. Nous avons d’un côté des parents qui au mieux n’arrivent plus à inculquer le respect à leur enfant et au pire les laissent en abandon. De l’autre côté, on a une société qui préfère défendre le droit des enfants en proscrivant toute violence à leur encontre pour les éduquer. Résultat, on se retrouve avec des jeunes qui se permettent tout aux yeux et à la vue de tous. Que peut faire alors un simple passant surtout lorsqu’il voit qu’il y a  des policiers qui (en sous-effectif devant de tel fait) ne peuvent intervenir sans risque non plus.

Soit on décide alors que Papeete devient une zone de non-droit et on laisse faire les choses. Soit on décide enfin d’intervenir et d’interpeller ces jeunes, les embarquer au poste pour que leur parent viennent les récupérer. Comme tout chose, laisser faire n’est pas une solution. Nous avons des textes de loi, faisons les respecter même aux mineurs sans quoi comment comprendront-ils un jour qu’ils faillent respecter la loi quand ils seront majeurs.

Préfère-t-on laisser continuer le manège devant les yeux médusés des touristes qui se feront un plaisir de relayer l’anecdote à leur retour de voyage, ce qui pourrait nuire au tourisme tout en relayant notre incapacité à assurer la sécurité dans la capitale même de notre pays. Sans oublier les commerces du centre-ville qui souffrent de cette situation. Il serait temps de réagir. Sans quoi un jour les citoyens exaspérés par cette situation prendront eux mêmes des mesures à l’encontre de cette violence.

Matari’i ‘i ni’a

Depuis le 20 novembre, nous sommes entrés dans la période de l’abondance Matari’i i ni’a selon le calendrier des temps anciens. En effet, un phénomène exceptionnel se produit ce jour-là, les Pléiades (un amas d’étoiles) sont alignées avec le soleil couchant et la ligne d’horizon. C’est aussi cette nuit-là que les Pléiades restent le plus longtemps dans le ciel. À cette période succède la montée de la sève puis la floraison et la production de fruits comme ceux de l’arbre à pain,
alimentation de base à l’époque, avec les bonites. On observe aussi l’arrivée massive des bancs de poissons près des côtes. À Rangiroa, on nous a rapporté que les poissons du lagon viennent mourir sur les plages. À Niau, les bonites se suicident presque sur les côtes. À Mahina, il y a tellement de
ature qu’on les donne à manger aux chiens ! Plus récemment, on nous a signalé l’entrée de bancs de bonites dans le lagon à Tautira et Papeari. C’est aussi à cette époque que l’on remarque que les femelles tortues montent sur les plages pour pondre leurs œufs. C’est l’abondance dans la
mer et sur la terre. 6 mois plus tard, en mai, les Pléiades passent à l’horizon à l’ouest (raro), et ne sont plus visibles qu’en fin de nuit. C’est le début de la saison baptisée Matari’i i raro à compter du 20 mai, la période de disette, fraîche et plus sèche.

Il est nécessaire de respecter la nature et son cycle de vie. Dans un monde où notre vie est rythmée par une course à la productivité où on ne s’autorise aucun repos ni pour nous, ni pour notre terre qui nous nourrit. Nous devons en prendre conscience. Cela remet en cause le fonctionnement de notre société de notre économie. Il est sûr qu’avec le dérèglement du climat et des saisons, la pollution et l’irrespect de notre nature, on peut se poser la question de savoir si Matari’i i ni’a a encore son sens aujourd’hui. Il semble qu’aujourd’hui nous ne pouvons que conter ce qu’est le Matari’i i ni’a d’antan et le transmettre à nos descendants.

Mais ne désespérons pas, nous avons une lueur d’espoir de pouvoir sortir de cette fosse. Chacun doit mettre du sien : la population doit accepter de manger les aliments de saison en privilégiant les circuits courts, les producteurs doivent disposons de suffisamment de terres cultivables pour produire nos besoins alimentaires (légumes et bétails) en respectant les saisons, les pécheurs doivent prélever juste le nécessaire de la mer pour notre consommation tout en respectant le cycle de vie de ces êtres. Cela semble utopique et pourtant nécessaire. Bien sûr, j’ai conscience des quantités d’importation astronomiques de denrées et de produits en tout genre que notre pays a besoin. Mais je sais aussi que l’être humain est capable d’être économe en délaissant tout ce qui n’est pas essentiel. La question n’est donc pas de savoir si ce système est viable. Comme toutes les questions de société, sommes-nous prêt à délaisser notre confort et nos besoins non essentiels pour une meilleure vie ?