Être chef de groupe n’est pas de tout repos, cela tout le monde le sait. Mais sait-on la masse de travail et de responsabilités qui se reposent sur son épaule ? Nombreux sont ceux qui pensent le savoir mais le vivre au quotidien est une autre affaire. Il faut concilier sa vie de famille avec sa vie professionnelle et sa vie de troupe. Sachant que les journées ne font que 24h, je vous laisse imaginer le rythme infernal au quotidien.

Tel un chef d’orchestre qui doit faire jouer ses musiciens sur la même partition durant des mois et les mener au bout. Il a, dans sa tête, le souci du détail. Il doit veiller, dans le même temps, à ne perdre aucun d’être eux et à limiter les fausses notes durant toute cette aventure qui les mène au Heiva.

Durant des mois, chaque jour, s’entremêlent dans son esprit, des inquiétudes, des listes de tâches interminables. Il se sent bien seul souvent même en étant entouré. Soutenu alors par sa moitié, ses enfants, sa famille, ses proches, encouragé, il se ressaisit et retrouve cette force pour continuer.

Combien de fois j’ai vu et entendu le ras le bol de ces maestro, leur souffrance sans rien pouvoir faire de plus que de leur expliquer que je les comprends et les soutiens. Avec du courage, de la persévérance, de la ténacité, l’amour de notre pays et de notre culture, sans oublier et surtout le soutien de leur proche, ils avancent contre vents et marées car un capitaine ne peut abandonner son navire même en cas de naufrage.

Être chef de groupe, c’est :

La gestion logistique : trouver un lieu de répétition, caler un planning de répétitions pour les danseurs, les choristes, l’orchestre, les orero et gérer les indisponibilités imprévus des lieux et des personnes, trouver les fournisseurs (jusque dans les îles) de more, de matières premières en quantité suffisante pour le costume, s’assurer de la bonne livraison et au bon moment, trouver des végétaux, étudier le règlement du concours, préparer et compléter le dossier à rendre au jury et l’audition, concevoir les décors et les accessoires. La difficulté est de s’assurer que tout rentre dans le planning et que tout soit fait au bon timing. Pour cela une bonne organisation s’impose.

La créativité : choisir son thème, faire les recherches, discuter avec l’auteur et le développer, mettre en scène le texte, composer les aparima et la musique, créer les chorégraphies et la gestuelle, concevoir les costumes, du croquis à la réalisation en passant par le choix de ce qui doit être mis tout en respectant le thème et le règlement. De plus en plus, nous voyons se développer aussi une partie communication au travers des logos et affiches spécialement créés pour l’occasion. C’est la seule partie qui permet au chef de groupe de se défouler, de s’’exprimer, de créer et de faire ce pour quoi il participe au Heiva.

La gestion humaine : gérer les absences, gérer les personnalités de chacun, faire attention à la cohésion du groupe, organiser des sorties, rassurer tous les artistes de la troupe que tout va bien se passer !

La gestion financière : il est difficile de monter au Heiva avec la seule subvention qui d’ailleurs n’arrive qu’à la fin du concours lorsque le spectacle est produit sur scène, des levées de fonds sont nécessaires alors pour remplir la caisse et il faut rechercher et innover ces levées de fonds, voir les bénévoles et les petites mains qui peuvent aider durant toute l’aventure, rencontrer des sponsors éventuels. comme m’avait dit un jour, un chef de groupe, pour monter au Heiva, on gère sa troupe comme une vraie entreprise, l’autre possibilité serait de s’appuyer sur les subventions communales.

Tout cela sera exécuté sous pression permanente. Il faut être partout à la fois et tout gérer sans montrer de signes de faiblesse.

Après cette liste exhaustive de ce que doit accomplir un chef de groupe qui monte au Heiva I Tahiti, je ne peux que leur tirer mon chapeau et leur féliciter quelque soit le groupe et le spectacle rendu sur To’ata.

Quelque que soit le nombre de personnes dont dispose un groupe, ce sont les mêmes difficultés et embuches qui se dressent sur la route qui les mène au Tahua To’ata.

Mais, à la fin de ce parcours de fou, lorsque le maestro a exécuté la note finale de sa partition sur le Tahua To’ata, il se libère, fier de ce qu’il a accompli contre vents et marées au nom de l’amour pour sa culture. A cet instant même, on oublie les douleurs, les heures de souffrances vécus pour y arriver et on profitera de cet instant présent, et on se souviendra des bons moments qu’on aura passer avec ces personnes qui ont cru en toi et t’ont suivirent jusqu’à la fin de l’aventure.

Vous comprendrez facilement après la lecture de cet article que les critiques faciles et non constructifs n’aident personne et va surtout décourager les peu de warriors qui restent dans notre pays qui continuent à œuvrer pour la promotion de notre culture avec des spectacles grandioses.

Après, je le dis même si certains ne vous l’avoueront jamais, on se repose quelques jours et tel des masos, on travaille sur le prochain spectacle. Bonne continuation à tous et Bon Heiva à tous les groupes !