Pour cette 2ème édition du Heiva Taure’a, je remercie Teura Marakai de m’avoir sollicité et permis d’immortaliser le passage de ses protégés sur la scène de To’ata. Certes, les élèves n’ont reçu aucun prix malgré leur prestation mais j’ai été surpris par leur performance et l’intensité qu’ils y mettaient à faire découvrir au public leur histoire.

Je vais partager avec vous les informations que j’ai pu recueillir. Ils s’appellent les Tamariki Mokorea et ils étaient 30 élèves du collège de Hao (classe de 6ème Heiva, 4ème Onikau/Topitere LV2 Tahitien, 5ème, 3ème) à venir sur Tahiti fouler la scène To’ata avec 6 accompagnateurs.
Les objectifs qui ont poussé à la réalisation d’un tel projet sont multiples :
– mobiliser les élèves et les fédérer dans un projet culturel motivant
– réduire le taux d’absentéisme
– revaloriser leur image au travers de situation de réussite
– renforcer les attendus du socle commun
– et enfin prendre goût aux légendes et à l’écriture d’un thème.

Comme les groupes de danse professionnels qui se présentent au Heiva, ils doivent rendre un dossier pour valider leur participation. Aussi on y découvre qu’ils ont du désigner leur ra’atira pour le ‘orero, leur chef de groupe, leur chef d’orchestre, désigner un groupe d’élève pour écrire le thème, les chants, composer les chants, désigner les danseurs qui se présentent au concours individuel de meilleur/meilleure danseur(se). L’écriture du thème s’est déroulé de octobre 2018 à décembre 2018 pour sortir le texte en français et en tahitien. Le fruit de cette écriture sera l’histoire des « Mokorea, entre terre et mer ». En tahitien « Mokorea, i rotopu te fenua e te moana ». A partir de mi-janvier, le spectacle fut monté et répété pour être prêt pour le mois de mars 2019.

Le spectacle est construit de manière minutée et en plusieurs parties comme pour les grands avec une succession de danses : ‘aparima, ‘otea, haka, pa’o’a/hivinau entrecoupée par le ‘orero qui conte l’histoire de Mokorea.

Autrefois vivait à Hawaiki-Nui, berceau de l’archipel des Tuamotu, un roi qui était d’une grande bonté, son nom était Tuteraginui, Il était aimé de son peuple car il était bon et courageux. C’était un roi qui respirait la paix. Il était très beau et viril. Ils vivaient des bienfaits de la terre comme la noix de coco qu’ils décortiquaient chaque jour, de laquelle ils obtenaient de l’huile pour cuire leur nourriture, pour les éclairer et ils en couvraient également leur peau pour la parfumer et la rendre plus soyeuse. Au moment opportun, ils partaient à la chasse aux oiseaux qu’ils affectionnaient comme met, tels le ‘otaha et le tavake. Mais ils n’étaient pas très doués pour attraper du poisson. A Hawaiki-Nui vivait également un peuple assez différent, c’était les Mokorea. Eux habitaient dans les profondeurs de l’océan, dans le monde du po et c’est pour cela qu’on les appelait le peuple du po. Tandis que le peuple sur terre était le peuple du ao. Tepairu était la reine des Mokorea. Elle était d’une grande beauté. Leurs corps étaient différents: une peau glissante, des cheveux longs et dorés comme le soleil, de longs ongles aiguisés. C’était un peuple qui était doué pour la pêche, grâce à leurs ongles, ils attrapaient facilement du poisson qu’ils mangeaient cru. Ils n’avaient pas apprivoisé le feu.

 

La nuit, ils allaient épier le peuple du ao. Mais restaient cachés, afin que personne ne les voit. Ils grimpaient et sortaient par le trou Vaikearoa, foulaient de leurs pieds le récif et se faufilaient jusqu’à terre. Il n’y avait pas de cocos dans le monde du po, aussi allaient-ils les voler au-dessus. Le peuple du ao s’étonnait çà chaque matin de la disparition des cocos. Tuteraginui décida alors qu’en fin de journée, son peuple s’occuperait de décortiquer la noix de coco pendant qu’il surveillerait le voleur. Le début de la soirée arriva, alors qu’ils chantaient gaiement pendant qu’ils s’affairaient à décortiquer le coco, Tuteraginui aperçut de drôles de créatures, avec une peau de poisson. Il fit semblant de ne pas les voir jusqu’au moment où il vit Tepairu. Alors son cœur fut transpercé par l’amour. Il s’approcha d’elle. Les Mokorea prirent peur et s’enfoncèrent dans le trou. Quant à Tepairu, elle fut paralysée, son cœur battait au rythme de l’amour. Tuteraginui la saisit, Tepairu tenta de s’échapper, sans succès. Il immobilisa sa tête entre ses mains tout en l’apaisant. Ils se regardèrent, yeux dans les yeux, et Tepairu suivit Tuteraginui. En effet, leur cœurs furent transpercés par l’amour, l’Amour naquit. Elle resta auprès de lui et malgré son apparence de mokorea, le peuple du ao l’accepta et c’est ainsi que Tepairu devint l’épouse de Tuteraginui. Et c’est ainsi qu’elle devint reine du peuple du ao.

 

Dans le monde des Mokorea, les habitants furent inquiets et devinrent enragés à l’idée que leur reine soit maltraitée. Leur grand guerrier décida alors de partir en guerre, affronter le peuple du ao afin de délivrer Tepairu. Ils aiguisèrent leurs armes, leurs onglets, ainsi que leurs queues de raie. Comme le veut le rituel de guerre, le peuple du ao fut informé par le messager du peuple du po qu’une  bataille terrible était sur le point de s’éclater. Les Mokorea se hissèrent alors dans le monde du ao et crièrent un chant de guerre, le haka, afin d’effrayer le peuple du ao. Ils ordonnèrent de leur rendre leur reine, dans le cas contraire, ils dévoreraient, ils réduiraient leur peau en lambeaux, leur sang coulerait jusqu’à la dernière goutte et la mort les prendrait. Mais Tuteraginui ne céda point car il ne voulait pas se séparer de Tepairu. Alors, une bataille terrible éclata entre les deux peuples. La terre trembla, l’océan trembla. Certains furent blessés, le sang dégoulina encore et encore, d’autres furent transpercés. A tae ho’i e ! quel grand malheur ! il n’y avait pour son que pleurs, douleurs et cris enragés provenant des deux peuples.

 

Tepairu surgit alors en s’exclamant : « silence ! cessez cette bataille inutile » ! son peuple vit sa reine adorée. Il courut vers elle en éclatant de joie mais tout de suite après, ils se lamentèrent en constatant qu’elle était enceinte car dans le monde des Mokorea, une fois que la mère est sur le point de donner naissance, on lui ouvrait le ventre pour que le nouveau-né puisse en sortir et elle mourait. Tepairu les consola en leur disant qu’elle ne mourrait point et qu’elle vivrait car le peuple du ao détenait la connaissance de sauver les mères lorsqu’elles accouchaient. Alors une joie profonde surgit des entrailles de tout être et c’est ainsi que la paix naquit entre les deux peuples. Les deux peuples allèrent alors s’occuper des préparatifs. Tepairu gémissait, elle était sur le point d’accoucher. Tuteraginui l’allongea et entouré de ses tahu’a spécialistes de la médecine traditionnelle, ils se préparèrent à accueillir ce nouveau-né. Oh, mais quelle joie ! ce furent deux nouveaux-nés, des jumeaux, un garçon et une fille. On leur donna alors les noms de Tufa’ira’i et Poerani. Ils devinrent de enfants d’une grande beauté et d’une grande bonté. Depuis ce jour-là, la Paix et l’Amour s’installèrent entre les deux peuples. Les enfants grandirent : Tufa’ira’i devint un grand pêcheur tandis que Poerani, devint for belle et adorait préparer du mono’i, de l’huile de tiare.

 

Tufa’ira’i et Poerani devinrent le pont entre le peuple du Ao et le peuple du Po. Tufa’ira’i et Poerani devinrent l’arc-en-ciel qui réunit la terre et la mer. C’était donc l’histoire des Mokorea, entre terre et mer

Bravo encore aux Tamariki Mokorea pour cette belle histoire.

 

Jury de ce Heiva Taure’a 2019 :

  • Tiare TROMPETTE, conseillère pédagogique du 1er degré et chef du groupe Hei Tahiti ;
  • Fabien MARA-DINARD, directeur du Conservatoire Artistique de Polynésie française ;
  • Heimoana METUA, chef du groupe Teva i Tai. Teraurii PIRITUA, chef du groupe ‘Ori i Tahiti et directeur de l’école de danse A Ori Mai ;
  • Moana’ura TEHEI’URA, professeur d’anglais au LEP de Fa’a’a, chorégraphe et metteur en scène indépendant ;
  • Elvina NETI PIRIOU, présidente du bac option ‘ori tahiti et professeur d’EPS au Lycée de Taaone ;
  • Guillaume FANET, évaluateur au bac option ‘ori tahiti et professeur d’EPS au Lycée de Taaone ;
  • Tonyo TOOMARU, professeur de tahitien-lettres au collège Tinomana EBB de TEVA i UTA